La vie oscille entre
Voltaire et Rousseau, entre Confucius et Lao-tseu, entre Socrate et le Christ. Chaque idée nous possède pendant une période plus ou moins prolongée de notre vie. Nous la défendons avec plus ou
moins de vigueur ou de succès, puis nous nous fatiguons de la lutte et nous passons à plus jeunes que nous le faisceau, bien aminci parfois, de nos convictions. Puis nous allons vivre dans les
bois avec Lao-tseu; nous faisons amitié avec les animaux et nous sommes heureux, comme Machiavel lui-même, de converser avec de braves paysans; nous laissons le monde «cuire dans son jus» et nous
ne songeons plus à la réformer. Peut-être brûlerons-nous, en partant, tous nos livres sauf un, et nous contenterons-nous de découvrir la sagesse dans le Tao-Te-Ching – c’est-à-dire le « Livre de
la Route et de la Vertu». Tao signifie la Voie: c’est tantôt la voie de la Nature, tantôt la voie de la Sagesse taoïste; à la lettre: la Route.
En principe, c’est une manière de penser ou de se refuser à penser, car, pour les taoïstes, la pensée est affaire de peu d’importance, qui ne sert que dans la discussion et, dans la vie, plus nuisible qu’utile; on trouve la Voie en rejetant l’intellect et toutes ses balivernes et en vivant modestement dans la retraite, de façon rustique tout en contemplant la Nature. Il ne faut pas confondre le Savoir et la Vertu; au contraire le nombre de filous s’est accru avec la diffusion de l’instruction. Le Savoir n’est pas non plus la Sagesse; rien en effet n’est aussi différent d’un sage qu’un «intellectuel».